Gérard MERMET – Sociologue, analyste du changement
« Francoscopie 2010 » Cabinet et Ouvrage aux Editions Larousse.
I / Mesurer le changement de l’Homme…
De l’Homo-Sapiens à l’Homo-Zappens (zapping)
On change de travail ; de partenaire ; d’ami ; de région ; …et cela ne va pas s’arrêter !
Grand boom depuis la fin du 18ème , il n’y a pas eu autant de changements dans le monde !
1999-2009
on a changé de siècle ; de millénaire ; d’échelle ; de vitesse (nouvelles technologies : souvent la vitesse de la technologie va plus vite que l’adaptation de l’homme) ; de monnaie ; de climat (on est dépendant du temps qui passe et du temps qu’il fait) ; de société
Changement de civilisation en très peu de temps !
L’état de crise
Depuis ces 2-3 dernières années. Mais l’état de « crise » est déjà ancien.
Pessimisme » national et récurrent ; sentiment d’appauvrissement personnel ; impression de déclin collectif ; fracture sociale & factures économiques ; montée des inquiétudes environnementales (arrivé plus tard en France qu’ailleurs, par exemple qu’en Allemagne) ; traumatisme ajouté à la crise en 2008
Anémie économique et anomie (dispositif d’un cadre de système de valeur commun)
Le progrès en question
(on ne s’est pas posé la question depuis la fin du 18ème siècle)
- De quoi se plaint-on, alors que l’on a de plus en plus de tout ?
- Plus de temps d’instruction (de 1950 à 2000, la durée d’instruction a augmenté de 4 ans) ; plus d’information ; plus d’argent ; plus de confort ; plus de mobilité…
- Par contre, on a moins de de certitudes ; moins de sécurité ; moins de confiance ; moins d’égalité ; moins d’optimisme (les français sont les européens les plus pessimistes) ; moins de sérénité
Cadeaux empoisonnés ?
En France, il y a 3 groupes de personnes qui débattent sur l’Avenir
- Les Mutants : tout va bien, les technologies sont là pour nous aider, vive la mondialisation, la communication, l’ouverture…
- Les Mutins : attention, on est allé trop vite, trop fort, on va se prendre le mur ! Il est urgent de tout arrêter !
- Tout cela est arbitré par Les Moutons, les gens qui suivent les autres : les Mutants ou les Mutins.
II/ Crise & Consommation
- État d’esprit entre Consommation & Bonheur
- Mise en cause du système marchand
- Défiance à l’égard de l’offre (des entreprises, des enseignes,…)
- Volonté de dépenser mieux
- Besoin de plaisir / sensorialité
- Quête du bien-être / harmonie
- Recherche d’un nouveau modèle
- Fin de l’hyper-consommation
- Attitude & Comportements
- Méfiance, exigence, compétence, opportunisme (éclectisme), résistance, culpabilisation, participation
- Adaptation
- Consommer, c’est un peu participer à la destruction de la Planète…
Nous sommes comme des « Consom’Acteurs »
Adaptation, arbitrage, low-costs, chats virtuels, achats groupés, troc, enchères, bio-équitable, frugalité, déconsommation.
Consommation durable.
Tendances : l’apparence devient moins importante
- Ma consommation doit me satisfaire
- On loue, plutôt que l’on achète
- Le temps doit être bien mieux optimisé
- Les français détestent les temps morts ; ils préfèrent les temps forts !
- Du matériel à l’immatériel
- De la planification à l’improvisation
- Du dehors au dedans (On passe 17h50 à la maison, dont 7h50 de sommeil => 10h00 à rester à la maison
- Du B to C, au C to C (réseaux)
- Du statuaire à l’identitaire
- De la possession à l’usage
- Société de consolation
Les Français face à la crise
- Les Tranquilles : ils ne sont pas affectés par la crise : fonctionnaires, retraités, …
- Les Agiles : un peu vulnérables, mais ils ont une grande capacité de rebond, l’âge, la santé, le dynamisme… (ils deviennent créateurs d’entreprise après un licenciement)
- Les Fragiles : baisse des revenus, chômage de longue durée…
III/ CONSÉQUENCES POUR LES ENTREPRISES
Risque de nouvelles crises
Sociales, environnementales, budgétaires (on ne va pas revenir à l’ancien modèle !), géopolitiques
Versus :
- Opportunités de refondation : Système de valeur, modes de vie, modes de gouvernances
- Croissance Verte : peut-être la solution à l’ensemble des problèmes ?
- Passage de l’économie traditionnelle à « l’écolonomie »
Revendication des clients
Plaisir (sensoriel), sécurité, … diversité, considération, personnalisation, information, confiance (relationnel : vous m’intéressez car vous avez des projets, et je peux vous aider dans ces projets)
Légitime dépense = rapport qualité / prix
Attente des citoyens
Création d’emploi, des engagements, des richesses collectives, des richesses individuelles, de nouveaux produits, de nouveaux services... C’est classique.
Maintenant, ce qui est nouveau :
- Respect des personnes, de l’environnement, des engagements, des inégalités
- Restauration du lien social, explication du monde => Idées & projets pour le monde
Entreprise responsable
Quelques réponses possibles :
- Pédagogie (explication), empathie (se mettre à la place des autres (dans leur tête), transparence, innovation, segmentation, accompagnement (coacher), communication
- Exemplarité
- Respecter plus que ses promesses, fidéliser ses clients. Une entreprise vertueuse = moral + courage
Conditions de l’adoption
- Comprendre le changement
- Anticiper les évolutions
- Innover, changer ses habitudes (casser ses propres codes)
- Collaborer, échanger des idées
- Expérimenter des solutions
- Affirmer ses valeurs, sa culture
- Développer un concept
- Être en état de veille permanente
- Différenciation positive
Qualités de l’entrepreneur, aujourd’hui – demain
- Curieux, informé, pragmatique, mobile (géo, psycho, mental), synthétique, enthousiaste (transforme un défit en opportunité), entraîneur, innovateur
- Vertueux
- Exemplaire, Actif, Réactif, & Créatif
10 conclusions
- La crise actuelle est inédite et durable
- Les transformations seront accélérées
- On ne devrait pas revenir à une situation antérieure
- Les tensions & les risques sont accrus
- Une refondation est une nécessité (l’attentisme est une faute)
- L’optimisme est un atout
- L’innovation est une solution
- Le responsabilité est une condition
- La crise est une opportunité
- Vive la crise !
Les Hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité, et ils ne voient la nécessité que dans la crise.
Jean Monnet.