Le difficile équilibre entre travail et vie personnelle
Le travail a pris, trop souvent, une place démesurée dans notre vie. Les rythmes naturels sont mis à mal par les exigences de performance des entreprises. Ce déséquilibre est préjudiciable en termes de qualité de vie. Il faut réapprendre à ne plus gérer sa vie quotidienne selon les mêmes règles que son travail. Certains en arrivent à penser leurs loisirs en termes d’efficacité ! Prendre conscience de cet état de fait c’est déjà franchir un grand pas vers une solution possible.
Essayons d’être présent à ce que nous faisons : travail ou loisir, n’encombrons pas l’un par le souci de l’autre.
Efforçons-nous de faire quelque chose d’agréable chaque jour.
Modifier son environnement de travail, lui redonner du sens
La crise économique que nous traversons doit nous inviter à prendre de la distance et réfléchir à de nouvelles approches. En premier lieu il me semble important d’essayer de réajuster notre relation au temps.
Boîte vocale, courrier électronique, téléphone cellulaire…, tout cela est théoriquement fait pour nous faciliter la vie. On s’aperçoit en fait que cela multiplie aussi les contraintes : on est toujours supposé être en situation de réagir à l’urgence.
Les technologies ont modifié radicalement notre rapport au temps. Un temps d’attente qui nous semblait raisonnable il y a quelques années devient intolérable maintenant.
Pour un petit trente secondes, on se met en rogne et on fait pomper notre cœur. On confond action et agitation. Nous sommes dans la civilisation du zapping et de l’impatience. Quand on est stressé, on fait une multitude de petits gestes qui donnent l’illusion de l’efficacité. Quand on est reposé, on pose des gestes efficaces.
Toute situation de crise entraîne confusion et anxiété mais c’est aussi une source d’opportunités nouvelles à saisir. (L’étymologie chinoise nous apprend qu’en mandarin, l’idéogramme de la crise est constitué de deux figures : le danger et l’opportunité).
Flexibilité et capacité d’adaptation sont, plus que jamais, nécessaires.Face à un vaste mouvement de normalisation des comportements et de la pensée pour des objectifs de rentabilité économique, chacun doit essayer de trouver une cohérence entre le sens de son engagement professionnel et celui de sa vie personnelle.
La crise va amener l’ensemble des acteurs du marché du travail à se remettre en question et va certainement contribuer à faire émerger de nouvelles valeurs qui vont dans le bons sens :
- la qualité plutôt que la quantité
- le lien social plutôt que le repli égoïste
- la coopération plutôt que la compétition
- la médiation plutôt que l’affrontement …
Avoir du temps à soi est devenu un luxe ; il faut alléger son emploi du temps quotidien : accepter de reporter des rendez vous, organiser des réunions moins longues, éviter de fréquenter des personnes qui vous prennent de l’énergie inutilement…
Éviter la sur-information ; certaines informations nous inquiètent plus qu’elles ne nous éclairent (en particulier les médias émotionnels comme la télévision ou la radio) ; l’accumulation d’informations brouille l’entendement.
Se ménager des plages de déconnexion ; bloquer ses messageries à certains moments, le soir et le weekend ; distinguer l’important de l’urgent.
Retrouver un emploi ou changer de poste, c’est possible en temps de crise
Le meilleur remède contre l’anxiété c’est l’action.
Pour s’adapter à un environnement incertain et perturbé les entreprises vont rechercher de nouveaux profils ; des têtes bien faites plutôt que bien pleines.
La participation à un groupe Avarap est l’occasion privilégiée de travailler à ce qui est précisément le plus important dans un tel contexte : la capacité à prendre de la distance, l’écoute, la flexibilité, l’intelligence émotionnelle, la créativité …
Essayons d’appliquer quelques règles de comportement qui ont fait leurs preuves :
- ne pas occulter les difficultés prévisibles mais se concentrer sur ses atouts
- s’occuper de la recherche de solutions plutôt que de la cause des problèmes
- ne pas réagir à chaud au risque d’amplifier les effets et gaspiller de l’énergie
- ne pas craindre l’avenir mais s’y préparer ; croire dans la vertu auto réalisatrice de certaines prévisions optimistes
- ne pas tomber dans le perfectionnisme.
- préserver la part du rêve, ce qui est d’autant plus nécessaire que la réalité s’avère décevante
- commencer par faire ce qui nous plait le moins pour en être débarrassé
- savoir dire non et refuser les sollicitations non nécessaires
- accepter d’être imparfait, l’erreur est source d’apprentissage
- ne pas craindre l’échec ; agir c’est toujours prendre un risque
- trouver du temps pour entretenir son réseau
- se rappeler enfin que la meilleure façon d’influencer le comportement des autres est de commencer par modifier le sien.
Se concentrer sur l’essentiel
Un certain nombre d’observateurs pensent que plutôt que de parler de crise on devrait parler de changement d’époque.
C’est donc le bon moment pour essayer de s’évader de certains formatages conceptuels et remettre en cause les conformismes de la pensée dite moderne.
Donner la préférence à l’être plutôt qu’à l’avoir.
Retrouver le goût des plaisirs simples : converser avec ses amis, aimer ses proches, écouter de la musique, lire un bon livre, admirer la nature…
Changer sa façon de consommer, mieux dépenser, se faire plaisir à moindre coût, se libérer de la dictature des marques et de la publicité ; faire en sorte que l’utile devienne l’agréable.
Dans un monde de compétition acharnée essayer la bienveillance.
Aldous Huxley à qui l’on demandait « Quelle est la technique la plus efficace pour améliorer son existence ? » répondait « Essayez de vous montrer un peu plus gentil ».
La gentillesse, cette valeur ringarde, peut jouer le rôle d’un anti-oxydant du coeur, source inépuisable pour renforcer l’estime de soi et moyen le plus naturel de favoriser la solidarité.
Il faut aussi s’entraîner à donner sans rien attendre en échange. Le bonheur est souvent le résultat de petites choses qui ne payent pas de mine. « J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé » disait Voltaire.
Ne pas oublier de cultiver l’humour, qui est la meilleure façon de tenir à distance une réalité parfois dérangeante.
Exercer notre corps pour aiguiser notre conscience : accorder de l’importance à notre hygiène de vie
Le maintien en bonne santé ne doit pas provenir essentiellement des progrès de la médecine et des médicaments (approche instrumentale typiquement moderne), mais de l’attention portée à son corps.
L’important c’est la régularité pour tous les actes simples de la vie quotidienne, en particulier manger et dormir. Le cerveau adore la régularité, cela le repose et lui permet de garder intactes toutes ses capacités pour des actes complexes et la nouveauté.
Trois règles de base : bien manger ; bien dormir ; respecter son rythme personnel.
Il est également, fortement recommandé de pratiquer régulièrement un sport ou une activité physique. Cela doit rester un plaisir mais demande une certaine discipline d’organisation.
Il est tout à fait étonnant de constater que, bien que chacun s’accorde à reconnaître ce type de conseil comme assez évident, bien peu en tiennent compte réellement…
Beaucoup de cadres surmenés sont « trop dans le mental » ; ils sont comme anesthésiés émotivement car trop dépendants de leur activité professionnelle ; à l’affût de la sonnerie de leur portable ou préoccupés par leur prochain rendez-vous.
Changer de style de vie ?
Oui c’est tout à fait possible à condition d’en faire une affaire personnelle. À chacun de prendre un moment pour trouver un sens à sa vie et chercher des solutions en vue d’adopter le rythme qui lui convient.
La crise économique peut contribuer à nous faire retrouver le goût des choses simples et à remettre à l’ordre du jour ce qu’écrivait, le philosophe Henry David Thoreau il y a un siècle et demi :
« Un homme est riche des choses dont il peut se passer ».
Claude GENIN
Vice président AVARAP