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L’orthographe : est-ce vraiment important ?
 

AVARANEWS N° 53 - MAI 2022


L’orthographe : est-ce vraiment important ?

 

Photo TXT 3 Orthographe

 

 

Parmi les éléments qui caractérisent une personne et son niveau supposé d’éducation se situe l’orthographe. D’après plusieurs enquêtes, le niveau d’orthographe des Français n’a cessé de baisser ces dernières années. Plus de 73 % des Français pensent que le français est une langue difficile. (février 2020), en raison notamment de difficultés liées à la grammaire et à la conjugaison.

 

Une étude de Projet Voltaire (1) révèle que les Français ne maîtrisent en moyenne que 45 % des règles d’orthographe. L’enseignement des écoles est en grande partie responsable mais pas seulement.

 

L’ortografe, ça sert à koï ?

L’orthographe du français cumule deux propriétés contradictoires : c’est un moyen d’accès vers l’écrit et un instrument de distinction sociale. Quels problèmes cela pose-t-il et comment y remédier ?

Selon Christophe Benzitoun Enseignant-chercheur en sciences du langage, s’exprimant dans Slate : « L’invention de l’écriture représente une avancée technologique majeure ayant révolutionné la pensée humaine »…

« Ainsi, une réponse simple à la question posée en guise de titre pourrait être que l’orthographe permet de transcrire, de passer de l’oral à l’écrit. » …

Pour ce qui est du français, un des problèmes majeurs, c’est que l’on dispose de 26 lettres (héritées en grande partie de l’alphabet latin) pour transcrire 36 sons.

De manière assez étonnante, l’orthographe du XVIIe siècle, élaborée par et pour les lettrés connaissant le latin, n’a pas été repensée à l’époque de la démocratisation de la scolarité en France, période durant laquelle l’école représentait le seul contact avec le français pour des millions d’enfants. On a donc conservé des conventions fort complexes et, depuis 1835, aucun changement notable n’est intervenu. Cette situation a pour conséquence qu’aujourd’hui l’orthographe pose des problèmes dans l’apprentissage de l’écriture et de la lecture…

 

L’orthographe et internet

Il est indéniable que les nouvelles technologies favorisent les fautes d’orthographe. Internet a multiplié les occasions d’écrire et le caractère impulsif de la plupart des messages envoyés depuis son smartphone fait que beaucoup de fautes, souvent, passent inaperçues.

Toujours pressé on ne prend pas le temps de se relire. La correction automatique devrait pourtant être une aide précieuse.

On pense que cela est sans importance car seule la signification du message importe.

 

L’écriture manuscrite et le numérique

L’écriture manuscrite est de moins en moins répandue bien qu’elle comporte quelques avantages. Sa rareté en fait le prix : recevoir un courriel n’a pas la même saveur qu’une lettre manuscrite dont on sait qu’elle a coûté davantage d’efforts et de réflexion.

L’écriture manuelle induit un fonctionnement cérébral diffèrent ainsi que le précise Jean-Luc Velay, chercheur au laboratoire de neurosciences cognitives (CNRS) de l’université d’Aix-Marseille :

 « Lors de l’apprentissage de l’écriture manuscrite, nous construisons très tôt ce que l’on appelle une mémoire sensorimotrice, une mémoire du geste d’écriture, spécifique à chaque lettre, chaque mot. On apprend, par le biais de l’écriture manuscrite, à associer une forme visuelle et un son à la construction d’une forme graphique, à faire le mouvement associé à cette forme visuelle. C’est un apprentissage à trois modalités : vision, audition et mouvement. »

« Les changements temporels liés au numérique sont là d’un autre aspect. La communication est tellement rapide qu’elle va souvent à l’encontre d’une maturation nécessaire et indispensable au contenu de ce qui est communiqué. Prenons par exemple ce qui est véhiculé à travers les réseaux sociaux et ce qui est traité dans un journal imprimé, avec tout le temps que cela prend. Cette lenteur permet un traitement de l’information avec tout un élagage possible entre ce qui est important et ce qui l’est moins. La vitesse à laquelle sont échangées les informations par le biais d’Internet ne permet pas ce même temps pour faire le tri, ou difficilement. Le rapport entre la connaissance et l’information dans le cadre du numérique est déséquilibré. »

L’écriture numérique comporte cependant de nombreux avantages qui la rend beaucoup mieux adaptée au monde moderne. Les nouvelles technologies permettent une plus grande fluidité. Cela permet une relecture plus facile, le partage de notes avec des tiers, leur classement et l’archivage.

Il est enfin possible de combiner les avantages des deux mondes grâce au smartphone, à l’écran tactile et à un stylet.

 

Orthographe et contexte professionnel

En entreprise, tout passe désormais par l’écrit : SMS, e-mails, commentaires en ligne…  Au fil du temps, les fautes se sont banalisées ce qui peut avoir un impact négatif sur notre crédibilité professionnelle.

Les fautes dans un texte peuvent être perçues comme une marque de négligence ou un manque de considération envers le destinataire. C’est pour cela, d’après l’interview d’un recruteur en entreprise, que de nombreuses lettres de candidatures sont rejetées pour cause de fautes d’orthographe, de syntaxe ou de style. »

 En témoigne l’étude intitulée « Maîtrise du français : nouveaux enjeux pour salariés et RH », réalisée par OpinionWay pour Bescherelle en 2019 :

• 92 % des employeurs craignent qu’une mauvaise expression écrite de leurs salariés puisse avoir un impact négatif sur l’image de l’entreprise à l’extérieur ;

• 52 % des DRH affirment avoir déjà écarté une candidature en raison d’un défaut de maîtrise du français à l’écrit ;

• 15 % des employeurs confient que la promotion d’un salarié a pu être freinée en raison d’un mauvais niveau en orthographe.

Comme 2,5 millions de Français, des cadres sont en situation d'illettrisme dans l'entreprise.

C'est également le constat fait par Sophie, formatrice à OrthoPass, un organisme spécialisé dans les formations en orthographe des salariés de grandes entreprises françaises : « 2 personnes sur 3 qui viennent en formation sont des cadres supérieurs ».

Certains mots par leur longueur augmentent la difficulté. L’Académie française a annoncé que le mot “anticonstitutionnellement” (25 lettres) jusqu’à présent considéré comme le plus long de notre langue, venait d’être détrôné par « intergouvernementalisations », qui comprend 27 lettres. Certains mots de la langue française : empruntés au langage médical s’avèrent impossibles à mémoriser ainsi : Aminométhylpyrimidinylhydroxyéthylméthylthiazolium appelé plus communément vitamine B2.

 

Relisez-vous

Bien des fautes ne résistent pas à un simple exercice de relecture. Avant d’envoyer vos e-mails, de poster vos commentaires ou de mettre en ligne vos contenus, relisez-les attentivement ou faites-les relire par des personnes compétentes car, c’est bien connu, on repère bien plus facilement les fautes des autres que les siennes. Faire des phrases courtes aide à rendre claire la pensée. Il faut noter que l’Avarap avait un temps envisagé de proposer un atelier consacré à l’orthographe. L’idée n’a pas été retenue car jugée non prioritaire. L’atelier aurait pu être intitulé « Maîtrise de l’écrit » de manière à faciliter les inscriptions…).

Pour une sociolinguistique de l’orthographe Clara Mortamet, professeure des Universités (Alessio, 2013), « l’orthographe est donc un fait social, et doit être envisagé comme tel. Elle agit sur nos pratiques de façon extérieure, on s’y soumet, on y adhère ou y résiste, elle agit comme une contrainte sur nos usages écrits. Elle est le produit de notre communauté sociale, que l’on se transmet par la socialisation. […] En tant que fait social, l’orthographe n’est pas seulement des pratiques, mais aussi des manières de penser et de sentir. […] La question orthographique est largement sous-estimée dans les analyses de la société contemporaine. C’est un des impensés de notre présent ».

Claude Génin AVARAP

 

(1) Premier service en ligne d'entraînement en orthographe et en expression.

 

ANNEXE : 

Quelques éléments facétieux

« L'orthographe est une science qui consiste à écrire les mots d'après l'œil et non d'après l'oreille. » Ambrose Bierce Le Dictionnaire du Diable (1911) 

La phonétique ne correspond pas toujours aux mots énoncés ainsi que le prouve l’exemple suivant :                      

« Les poules sortaient du poulailler dès qu’on avait ouvert la porte. « Les élèves ont écrit : Les poules sortaient du poulailler. Des cons avaient ouvert la porte. »

 

Importance de la ponctuation.     

Exemple à la radio

• « Vous venez d’entendre : Un caprice, d’Alfred de Musset. » Et non : « Vous venez d’entendre : Un caprice d’Alfred, de Musset. »                                                

Maison de correction recherche fautes d'orthographe. »  Pierre Dac dans L’Os à moelle,

 

L’argot et le verlan ont-ils leur place dans la langue française ?

 

« Une des formes d’argot les plus connues, c’est évidemment le verlan, qui consiste à l’inversion des syllabes d’un mot, parfois accompagnée d’élision, c’est-à-dire l’effacement d’une voyelle. » …

 « C’est le développement du hip-hop et du rap français dans les années 90 qui a contribué à la popularisation du verlan auprès des jeunes. Ce phénomène linguistique a été pour eux une façon de marquer leur identité et leurs origines, auparavant marginalisées. Le verlan est devenu partie intégrante d’identité des créateurs, mais aussi des amateurs de ce genre musical. Le verlan leur a aussi servi d’enrichissement artistique : très musical pour l’oreille, avec les allitérations, le verlan donne aux chansons de rap un côté poétique et expérimental. Il donne des possibilités créatives énormes, en permettant aux artistes de l’ajuster selon leur gré. » …

« Le verlan et les expressions argotiques, souvent raccourcies, s’avèrent très pratiques dans la communication par SMS, mais peuvent compliquer la communication professionnelle... »                                              

Eva Gierczynska, diplômée de M2 Etudes Culturelles, médiatrice culturelle et rédactrice Web en Ile-de-France.

 

Quelques mots simples :

méchant → chanmé ;  louche → chelou ;  pourri → ripou ;  lourd → relou ;  bizarre →  zarbi ; fou : ouf ; femme : meuf ;  flic : keuf ; mec : keum ; mère : reum ; père : reup.

 « J’ai le seum de pas avoir pu la voir. » Avoir le seum c'est être saoulé, être dégoûté.

« Chaque jour, des milliers de verbes sont victimes de violences conjugales. Ne les oublions pas. » Tweet de Sam

 

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